25. Juli 2013
CHARLES STEFFEN, 1927 – 1995
Exposition Collection de l'Art Brut Lausanne, jusqu'au 29 septembre 2013

L’œuvre de Charles Steffen joue de
manière obsessionnelle sur des variations infinies autour du nu et de la figure
maternelle. Mais, à travers elle, l’auteur nous confronte aux changements que
nous vivons tous. Steffen évoque les transformations qu’il a connues au cours
de sa vie, notamment avec la maladie, la solitude ou ses penchants pour
l’alcool et la fumée. Il nous tend ainsi un miroir, nous renvoyant à nos
propres métamorphoses: «un changement dans le métabolisme, métamorphose, nous
changeons tous pour notre propre satisfaction, juste ou faux nous changeons».
Charles Steffen (1927-1995) est l’auteur d’un univers fantastique peuplé de
créatures semblant issues d’un autre monde. Tout est sujet à la métamorphose:
certaines figures sont hermaphrodites, d’autres, soumises à des mutations,
présentent des caractéristiques hybrides et sont à cheval entre l’humain,
l’animal et le végétal.
L’auteur est né à Chicago dans une famille de huit enfants. A l’âge de
vingt-huit ans, il fréquente l’Institut de Design de Chicago, établissement
rattaché à cette époque à l’Illinois Institute of Technology. Mais sa foi
catholique l’empêche d’adhérer aux idées véhiculées dans le cadre d’une leçon
de philosophie et, dans un acte de colère, le jeune étudiant brûle ses travaux,
menace de se suicider et finit par sombrer dans une dépression l’obligeant à
quitter l’établissement un an à peine après son arrivée. Deux ans plus tard, en
1952, il est interné à l’Elgin State Hospital, un hôpital psychiatrique de
l’Etat d’Illinois.
Durant une dizaine d’année, il alterne les séjours à l’hôpital et au domicile
familial. Il quitte définitivement l’établissement en 1963 et rejoint la maison
de son enfance où il vit avec sa mère, son frère et sa sœur Rita. Cependant,
son état tant psychologique que physique ne lui permet plus de s’insérer dans
le monde du travail. Steffen mentionne à ce propos ses visites régulières chez
le médecin, les médicaments qu’il prend ou ses pieds douloureux. Il évoque
aussi le manque d’argent. A la maison, s’il participe à quelques tâches
domestiques, il consacre l’essentiel de son temps à dessiner sur du papier
kraft, à la mine de plomb et au crayon de couleur: Steffen réinvente un
vocabulaire graphique totalement nouveau et produit entre un et trois dessins
par jour – certains mesurent plus de deux mètres de long -, qu’il signe souvent
de son diminutif «Chas». Quand il ne dessine pas, il boit beaucoup et
fume, surtout la pipe.
L’auteur produira plusieurs milliers de compositions. Après les avoir achevées,
il les enroule, les attache avec du scotch et les entrepose dans le sous-sol de
la demeure. Mais sa sœur l’oblige à les détruire régulièrement, par crainte
d’un incendie. Il détruira aussi spontanément de nombreux dessins. Ainsi, la
quasi-totalité de la production réalisée entre 1963 et 1989 a aujourd’hui
disparu. Suite au décès de la mère, la maison familiale est vendue et Steffen
déménage dans une maison de retraite au nord de Chicago. Sur le point de brûler
ses dessins, il les confie finalement à son neveu, Christopher Preissing, qui
avait manifesté de l’intérêt pour son travail. Deux mille œuvres réalisées
entre 1989 et son décès seront ainsi sauvegardées.
Ses dessins s’inspirent de son passé et de ses souvenirs d’étudiant: l’auteur
représente notamment une femme qu’il a aimée avant son hospitalisation, une
certaine Alishia, des nus féminins, les danseuses d’un bar qu’il fréquentait
durant ses années d’école, des scènes d’Elgin, ainsi que des crucifixions.
D’autre part, il puise ses thèmes dans la sphère limitée de son quotidien,
dessinant le caissier de la banque qui encaisse ses chèques de sécurité
sociale, ses voisins, les fleurs artificielles de la maison ou les plantes du
jardin, et surtout sa mère, dans son fauteuil roulant ou dans son lit.
Charles Steffen s’adonne aussi à des expériences à partir de son sujet préféré,
les nus féminins, revisitant ce thème classique à sa manière: il combine la
forme humaine avec des sujets botaniques, et invente la figure du «Nu
tournesol» (The Sunflower Nude). Durant les dernières années de sa vie,
Steffen rédige aussi des notes manuscrites sur ses dessins, qui deviennent le
support d’un journal intime.
La Collection de l’Art Brut remercie chaleureusement Christopher Preissing et Russel Bowman Art Advisory pour leur collaboration, ainsi que Andrew Edlin et sa galerie, représentante de l’Estate Charles Steffen. Elle a consenti à de nombreux prêts pour l’exposition, ainsi qu’à des donations.
cab
Contact:
http://www.artbrut.ch/fr/21016/39/
Kommentare von Daniel Leutenegger