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12. Februar 2023

«CARTE BLANCHE À UGO RONDINONE – WHEN THE SUN GOES DOWN AND THE MOON COMES UP»

Exposition Musée d’art et d’histoire (MAH) Genève, jusqu’au 18 juin 2023

Image: Ugo Rondinone, Salle Espace rythmique. Ouverture. © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo: Stefan Altenburger

Pour sa troisième exposition XL le MAH invite Ugo Rondinone à s’emparer de son bâtiment principal et de sa collection pour créer une expérience unique. Considéré comme l’un des artistes les plus importants de sa génération, Ugo Rondinone compose des méditations fulgurantes sur la nature et la condition humaine tout en développant un vocabulaire formel organique où fusionne une multitude de traditions sculpturales et picturales. C’est désormais à l’échelle du musée lui–même que s’exerce cet art de la correspondance et des affinités électives et que Rondinone orchestre un dialogue qui convoque plus de 500 pièces de la collection ainsi que ses propres créations.

Avec «when the sun goes down and the moon comes up» (quand le soleil se couche et la lune se lève), Ugo Rondinone nous convie à une traversée du miroir. Frappé par la symétrie et la majesté du bâtiment dessiné par l’architecte Marc Camoletti, il y a vu un lieu propice à la création de ressemblances et d’oppositions entre deux artistes suisses consacrés et bien représentés dans la collection du MAH. Autour des œuvres de Ferdinand Hodler (1853-1918) et de Félix Vallotton (1865-1925) se noue un dialogue à trois voix qui convoque des pièces variées de la collection du musée (tableaux, esquisses, objets d’usage) ainsi que les œuvres de Rondinone lui-même. Il en résulte un parcours narratif et artistique surprenant, qui nous plonge dans l’univers nocturne et la face cachée des choses (d’où le titre de l’exposition), et propose une méditation sur les forces élémentaires de la psyché humaine, sur la proximité entre Éros et Thanatos, ainsi que sur l’omniprésence du romantisme dans notre rapport au monde.

En investissant ainsi l’espace du MAH, Rondinone crée un véritable écosystème poétique, marqué par la présence de deux de ses œuvres emblématiques, «the sun» (2017) et «the moon» (2020) (larges sculptures circulaires de plus de 5 mètres de haut), qui produisent un premier effet de miroir. Ces jeux de symétrie et ces correspondances peuvent s’exercer entre les deux ailes du bâtiment – les guerriers de Hodler répondant par exemple aux nus de Vallotton – mais sont aussi constamment convoqués dans chaque espace traversé par le visiteur.

Image: Ugo Rondinone, Salle Espace rythmique. Dix piliers. © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo: Stefan Altenburger

Image: Ugo Rondinone, Salle Espace rythmique. Dix piliers. © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo: Stefan Altenburger

Ainsi les chevaux de verre de Rondinone, incluant en leur sein de l’air et des eaux puisées dans différentes mers du globe, offrent-ils un surprenant vis-à-vis aux vues lacustres de Hodler, comme si la silhouette d’un paysage pouvait soudainement s’incarner dans l’intérieur d’un corps animal et inversement. Le regard s’étonne, les repères se brouillent, la magie s’opère. Les thèmes du double, du semblable et du contraire sont alors omniprésents, et le ballet des astres, «the sun» et «the moon», rappelle cette tension mimétique et antithétique qui parcourt l’intégralité du cosmos.

Mais ce mouvement est aussi temporel: en s’éclipsant momentanément, «the sun» laisse la voie libre à l’exploration de la face cachée des choses. L’attrait pour le nocturne, l’occulte, le secret prend alors le dessus et aimante le désir des artistes, repensé, redessiné par Rondinone lui-même à partir des coordonnées d’un Éros joueur. Il décide en effet de consacrer deux pièces à la recréation fictive des appartements de Hodler et Vallotton tels qu’il les imagine, et les peuple d’objets de la collection du musée (porcelaines, montres, statuettes de nus masculins, etc.) tout en les décorant d’un papier peint qu’il dessine lui–même, s’inspirant là encore de dessins représentant des figures masculines, puisés dans les réserves du MAH. La volonté d’esthétisation du quotidien, trouve dans ces appartements réalisés en collaboration avec l’architecte genevois Frédéric Jardin, une figuration qui n’est pas sans rappeler les intérieurs que l’écrivain Gabriele D’Annunzio avait modelés sur les descriptions du roman «À rebours» de Joris-Karl Huysmans (1884).

L’intervention de Rondinone invite enfin à une exploration profonde et esthétisée de notre rapport à la vie et à la nature. L’artiste aime en effet travailler avec des matières fondamentales, des éléments naturels premiers, incluant dans les figures de ses danseurs nus différentes terres recueillies sur la surface du globe, jouant ailleurs avec les corps, les teintes de la chair ou avec l’élément aquatique, mais aussi avec la lumière grâce aux chatoiements de «love invents us» (1999), une installation qui consiste en l’apposition de filtres colorés sur les vitres des fenêtres du MAH. Cette transformation viendra littéralement teinter l’expérience visuelle des visiteurs en les plongeant dans une poésie colorée: les frontières entre l’intérieur et l’extérieur seront brouillées, faisant du musée, à la nuit tombée, un lieu de projection et de rayonnement lumineux, espace recevant des œuvres d’art et œuvre d’art lui–même.

Symphonie des symétries, exploration de l’univers nocturne et alchimie élémentaire, voilà quelques-unes des lignes de force du travail de Rondinone et de la conversion du regard qu’il propose dans cette exposition carte blanche. Un regard que l’artiste a voulu placer sous le signe du romantisme, véritable fil rouge de l’ensemble dans son lien au désir, à l’introspection, à la nature et à la proximité de l’amour et de la mort. Un regard qui offre au visiteur une expérience inédite et fait de l’exposition un lieu quasiment initiatique, rejoignant ainsi l’entreprise de réinvention et de revalorisation du musée menée par Marc-Olivier Wahler et l’équipe du MAH.

S’éloignant de l’idée d’un musée pensé comme une tour d’ivoire, ces derniers s’attachent en effet à en faire quelque chose comme un espace magique, un lieu certes connecté avec l’extérieur mais où l’expérience du quotidien s’intensifie et se réinvente.

Après Jakob Lena Knebl («Walk on the Water / Marcher sur l’eau», 2021) qui déplaçait nos certitudes catégorielles grâce à la pratique de l’installation et Jean-Hubert Martin («Pas besoin d’un dessin», 2022) faisant exploser les frontières autour de l’idée de collection, c’est aujourd’hui la notion de transfiguration que le MAH donne à voir et qui se trouve au centre du travail de Rondinone. Transfiguration du regard, de l’espace, des œuvres, des relations que nous entretenons avec elles ou le musée lui-même. Mais aussi transfiguration de l’expérience du visiteur, à la fois enchanté et interpellé par une approche savante et irrévérencieuse, exigeante et joueuse, pop et pourtant profonde.

Né en 1964 à Brunnen en Suisse et désormais installé à New York, Ugo Rondinone est l’une des figures majeures de l’art contemporain. Son intervention au sein du MAH s’inscrit non seulement dans l’esprit des cartes blanches souhaitées par Marc–Olivier Wahler mais aussi dans le prolongement de sa pratique de l’exposition de grande envergure, qu’il y figure lui–même comme artiste ou qu’il en soit le commissaire («the third mind» ou «i ♥ John Giorno» au Palais de Tokyo, à Paris, en 2007 et en 2015).

mah

En savoir plus:

http://institutions.ville-geneve.ch/fileadmin/user_upload/mah/documents/Expositions/2023/Rondinone_DP-DEF_FR-web.pdf

Contact:

http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/expositions-evenements/expositions/carte-blanche-a-ugo-rondinone/

#UgoRondinone #MAHGenève #CarteBlancheUgoRondinone #RondinoneWhenTheSun #MarcOlivierWahler #CHcultura @CHculturaCH ∆cultura cultura+

Ugo Roninone, Salle Espace rythmique. À la lisière. © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo: Stefan Altenburger

Image: Ugo Rondinone, Salle Espace rythmique. À la lisière. © Musée d’art et d’histoire de Genève, photo: Stefan Altenburger

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  • Daniel Leutenegger
  • 12. Februar 2023
  • Museum, Ausstellung, Galerie

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