24. Juli 2012
«Oscar Tuazon ou le potentiel libérateur de la construction»
Exposition CEC Genève, jusqu'au 27 octobre 2012

Image: Oscar Tuazon, sans titre, rouille, fusain, sel et javel sur papier, 110 x 75 cm (feuille), 116 x 82 cm (cadre), 2012. Courtesy l’artiste et Centre d’édition contemporaine, Genève. Photo: © Sandra Pointet
Le travail de Oscar Tuazon semble être un prolongement naturel de l’enfance, aussi évident que la construction d’une cabane ou une expédition en forêt. Sans jamais aller jusqu’à l’architecture, Tuazon reste toujours en deçà des règles de construction, dans la liberté de bâtir, à l’instinct, avec le plaisir de prendre possession d’un lieu, d’en faire pour un temps son lieu de vie, sa maison; un bâti comme une extension de soi-même, de son corps et de ses mouvements. Le geste et le processus de montage sont contenus dans ses réalisations, qu’il faut comprendre comme des formes d’appropriation, d’expérimentation, «de vécu».
Il n’est donc pas question de sculptures ou même d’installations, ni de narration, de simulacre ou de symbolique, les constructions de Tuazon sont le résultat d’une expérience empirique, de la transposition d’un mode de vie, qui, bien au-delà des contraintes des espaces d’exposition, participe davantage d’un esprit nomade et s’apparente à l’errance initiatique, à une recherche de symbiose avec la nature, jusqu’à éprouver parfois les limites de la survie.
Les questionnements de Tuazon appellent de nombreuses références qui ont toujours lié intimement les grands espaces à la culture et aux écrivains américains: de l’exaltation héroïque pour le monde sauvage à la communion avec la nature jusqu’aux mouvements contestataires, anarchistes et libertaires du XIXe siècle à nos jours. La route permettrait de se révéler à soi-même, comme la solitude en pleine nature, hors de toutes organisations sociales, favorisant, selon les précurseurs comme Thoreau, l’émergence d’un très fort désir de liberté, les courants de désobéissance civile, et pour finir les idées contestataires qui traverseront tout le XXe siècle: le communautarisme, les pacifistes, les libertaires jusqu’aux à certaines formes d’anarchisme radicales, comme l’ultramarginalisation d’un Jan Kaczynski, alias The Unabomber, jusqu’aux mouvements plus actuels et moins individualistes: les anti-capitalistes, alter mondialistes et écologistes.
Tuazon semble être également un adepte du mode de vie alternatif et plutôt en symbiose avec les éléments naturels, avec l’idée d’autogestion, le DIY ou le concept du «VONU» («VOluntary Non vulnérable», décrit par Rayo dans son ouvrage, «VONU. The Search for Personal Freedom»). Ces idées d’émancipation prennent réellement forme dans son travail, qui serait un moyen de tester la résistance des matériaux confrontés aux limites des normes de constructions, comme ses projets d’installations toujours confrontés aux réticences des institutions artistiques, en définitive et par rebond, comme un moyen de s’opposer à l’établissement de certaines règles et aux contraintes qui régentent la société, la culture et même les lieux ou le monde de l’art contemporain.
C’est ce désir d’échapper aux conventions, de gagner en autonomie qui a souvent amené Tuazon à participer à plusieurs initiatives collectives telles que la création de la librairie indépendante, galerie et maison d’édition Castillo/Corrales à Paris avec Thomas Boutoux, Laure Giletti, Boris Gobille, Guillaume Leblon, François Piron et Benjamin Thorel, à réaliser certaines pièces avec son frère Elias Hansen, également artiste, ou à collaborer à la revue Paris, LA, publiée par sa compagne Dorothée Perret. Tuazon entretient d’ailleurs un rapport très fort au texte, au livre et à l’édition, ce qui constitue un autre versant extrêmement important de son engagement artistique. Et s’il tente d’exclure toute narration et dramaturgie de ses constructions, les voulant les plus proches de l’expérience constructive, Tuazon écrit à la fois pour retrouver l’histoire qui entoure la réalisation de ses œuvres et pour garder la maîtrise du discours sur son travail, qu’il aimerait le plus possible indépendant de celui sur l’art. La fabrication de livres, souvent réalisés par lui-même et à la main, comme «Dwelling Portably #1», 2009, «Leave Me Be #3», 2009, procède de cette même recherche d’autonomie. Le livre est pour Tuazon un objet qui renferme son texte, ses dessins, ses références, et qui représente une autre construction, un autre lieu, un autre corps.
Oscar Tuazon est né en 1975 à Seattle, il vit et travaille à Paris.
cec
Contact:
CEC – Genève
Centre d’édition contemporaine
rue Saint-Léger 18
CH-1204 Genève
T: +41 22 310 51 70
edition@c-e-c.ch
http://www.c-e-c.ch
Kommentare von Daniel Leutenegger