Exposition MAMCO x MAH, Musée Rath, Genève, jusqu’au 25 octobre 2026

Image: Sylvia Sleigh (1916-2010), Marjorie Strider, 1977, Huile sur toile, 91.4 x 61 cm, Collection Ellen + Michael Ringier – Photo © DR
Sylvia Sleigh (1916-2010) est une peintre britannique, mais c’est à New York, où elle s’établit dès 1962 avec son mari (le critique d’art Lawrence Alloway), qu’elle produit la majeure partie de son œuvre. Les années 1960 et 1970, que retrace cette exposition, sont marquées par un travail autour du portrait, individuel ou de groupe. A travers ses peintures, elle explore les enjeux de la représentation, remettant en question, par les poses choisies, les conventions genrées héritées de l’histoire de l’art occidental.
Ses tableaux offrent en outre une image de la communauté artistique et intellectuelle qui l’entoure (artistes, écrivains, amis, souvent représentés dans des intérieurs) et pour laquelle elle s’engage: elle fut membre de collectifs féministes new yorkais tels que le groupe A.I.R. et SoHo 20. De même, son traitement du nu, masculin comme féminin, rejette l’objectification au profit de l’individuation. Son travail se situe ainsi à l’intersection de l’histoire des représentations, du domestique et de l’intime.
La présente exposition, organisée par le MAMCO (musée d’art moderne et contemporain de Genève), n’est pas la première présentation institutionnelle de l’œuvre de Sleigh en Europe; en revanche, elle se situe dans un contexte de renouveau de l’intérêt critique pour son œuvre, notamment autour de son approche du nu et pour la proximité de son œuvre avec les enjeux féministes de son temps.
Rassemblant plus de 35 peintures, elle s’articule par sections: la première aborde l’intérêt que Sleigh porte aux motifs issus de l’histoire de l’art (l’odalisque, la muse, les motifs orientalistes ou la peinture de la Renaissance), qu’elle remet en question par une inversion des genres. Ce déplacement du regard mène à une deuxième section, qui se concentre sur l’autoportrait et l’engagement de l’artiste au sein du projet féministe Sister Chapel.
Une troisième section rassemble ses portraits de femmes et d’hommes issus de la scène artistique new-yorkaise des années 1970: ami·e·s et intellectuel·lle·s, telles que les artistes Marjorie Strider et Sylvia Pauloo-Taylor, les galeristes Betty Parsons et Arnold Glimcher, ou encore le portrait de groupe de A.I.R. Toutes et tous forment une communauté saisie dans un environnement domestique, fait d’amitiés et d’intérêts partagés.
Enfin, les deux dernières sections se concentrent sur des nus, dans lesquels Sleigh honore l’individualité et la subjectivité de chacune et chacun. On y observe son intérêt marqué pour l’ornemental, les motifs et les textures, pour l’iconographie de la contre-culture hippie, dans laquelle elle baigne alors, et pour la question du point de vue.
L’exposition est organisée par Lionel Bovier et Elisabeth Jobin, avec le conseil scientifique d’Andrew D. Hottle, professeur d’histoire de l’art à la Rowan University (New Jersey).
En savoir plus:
https://www.mahmah.ch/sites/default/files/pdf/2026-06/MAMCO-SylviaSleigh-DP.pdf
cp
Contact:
https://www.mahmah.ch/expositions/sylvia-sleigh
«REFAIRE COLLECTION»
Eleanor Antin, Alice Bailly, Louise Bourgeois, Catherine Breslau, Aloïse Corbaz, Nicole Eisenman, Leonor Fini, Jenna Gribbon, Guerrilla Girls, Silvia Kolbowski, Marie Laurencin, Jacqueline Marval, Alice Neel, Meret Oppenheim, Pipilotti Rist, Suzanne Santoro, Joan Semmel, Kiki Smith, Suzanne Valadon, Hannah Wilke, Irène Zurkinden
21%: c’est la proportion d’artistes femmes représentées dans la collection du MAMCO, le musée d’art contemporain de Genève, qui organise cette exposition. Comme bien d’autres collections patrimoniales ou privées, elle souffre d’une discrimination structurelle, héritée d’un canon historique et d’un marché qui favorisent le travail des hommes. Or, de tout temps, les femmes ont elles aussi créé, peint, sculpté, écrit. Et ce n’est que récemment, grâce au travail d’historiennes – notamment de Rozsika Parker et Griselda Pollock –, que nous prenons la mesure de l’effacement dont de nombreuses artistes ont fait l’objet.
Cette exposition rassemble les œuvres de 21 artistes dont le travail a ponctué le 20e siècle. Issues de collections suisses, elle montre à quoi pourrait ressembler une collection idéale qui, dès sa fondation, aurait pris en compte le travail d’artistes femmes occidentales.
«Refaire collection» fait également écho aux thématiques que soulève le travail de Sylvia Sleigh et lui donne un contexte historique. Ainsi, Jacqueline Marval ou Eleanor Antin dialoguent avec des compositions et motifs classiques pour les réévaluer. Le regard sur le corps – le sien, celui de son modèle, le nu – est au cœur des toiles de Leonor Fini, d’Alice Neel ou de Suzanne Valadon. Rares sont les représentations d’amitiés féminines dans l’histoire de l’art qui ne soient entachées d’un regard érotisant: aussi plusieurs peintures rassemblées ici évoquent-elles la sororité (Marie Laurencin, Louise Breslau, Irène Zurkinden). Enfin, la question de l’affirmation de soi, de la fierté et de l’empouvoirement est annoncée d’emblée, dans l’exposition, par une installation des Guerrilla Girls, et est revendiquée par des artistes telles que Joan Semmel ou Kiki Smith.
Il n’est pas question de «redécouvrir» le travail d’artistes oubliées: car toutes les artistes présentées ici ont toujours existé – c’est l’attention des institutions qui a fait défaut. Cette exposition est ainsi une question posée aux musées eux-mêmes: comment, à l’avenir, penser la collection autrement?
L’exposition est organisée par Lionel Bovier et Elisabeth Jobin. Les textes critiques ainsi que la chronologie qui accompagnent cette exposition ont été développés avec le séminaire d’histoire de l’art contemporain de Giovanna Zapperi à l’Université de Genève.
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Kommentare von Daniel Leutenegger