Exposition Musée cantonal des Beaux-Arts (MCBA), Plateforme 10, Lausanne, du 9 octobre 2026 jusqu’au 28 février 2027

Image: Ted Joans, Bird & Basquiat Lives!, 1998. Acrylique, encre, graphite, collage, agrafes et colle sur support et cadre trouvé, 116,7 x 91,4 cm. Courtesy The Estate of Ted Joans. © The Estate of Ted Joans – Photo: Meridian Fine Art Joseph Wilhelm

Image: Ted Joans, MAU MAU Mona Lisa, 1953 – 1957. Huile sur panneau, 61 × 44,5 cm. Collection particulière, New York © Ted Joans Estate, Courtesy Laura Corsiglia et Zürcher Gallery New York / Paris – Photo: Adam Reich
Le MCBA présente la première exposition monographique consacrée à l’artiste étatsunien Ted Joans (1928-2003), auteur d’une œuvre foisonnante et inclassable, où se mêlent les influences du surréalisme, du jazz, du Black Power et du panafricanisme.
Si son œuvre littéraire — mêlant poésie, critiques de jazz et récits autobiographiques — est aujourd’hui la plus connue, Ted Joans a également développé, tout au long de sa vie, une œuvre visuelle remarquable par sa richesse, sa liberté formelle et son inventivité.
Largement ignorée jusqu’à aujourd’hui, une part importante de ses dessins, collages et films expérimentaux reste à découvrir. Fruit de recherches approfondies et d’une collaboration étroite avec la succession de l’artiste, l’exposition réunit pour la première fois un ensemble d’œuvres exceptionnelles.

Image: Ted Joans dans son studio d’Astor Place avec en arrière-plan la peinture Bird Lives! et quelques œuvres de la série Jazz Action, vers 1958. Tirage photographique, 20,3 × 25,2 cm. Courtesy The Estate of Ted Joans © Droits réservés – Photo: Laura Corsiglia
Né en 1928, Ted Joans grandit entre Louisville (Kentucky) et Fort Wayne (Indiana) au cœur de l’Amérique ségréguée dans une famille afro-américaine d’artistes de scène se produisant sur les bateaux à vapeur. Il découvre le surréalisme dans les revues que sa tante récupère chez les familles blanches où elle travaille comme domestique.
Érudit et expérimental dans son approche artistique, Joans débute comme trompettiste dans un groupe de be-bop. En 1951, il s’installe à New York, au cœur de Greenwich Village. C’est dans le creuset artistique de la Beat Generation, aux côtés de Jack Kerouac, Allen Ginsberg et Amiri Baraka, qu’il commence à lire ses poèmes dans les cafés, affirmant peu à peu sa voix singulière. Influencé par Langston Hughes, son style littéraire revendique une conscience noire et se caractérise par un rythme intense et un langage profondément musical, nourri par le blues et le jazz d’avant-garde. Parallèlement, il développe une pratique picturale au moment où l’expressionnisme abstrait s’impose sur la scène artistique.

Image: Georgina Reid, [Ted Joans au Seven Arts Coffee Gallery, New York], 1958. Tirage photographique, 24,6 × 17 cm. Courtesy The Estate of Ted Joans. © Georgina Reid / Droits réservés
Face au racisme persistant aux États-Unis, Joans s’installe à Paris au début des années 1960 et adopte un mode de vie nomade entre l’Europe et l’Afrique, où il réside une partie de l’année — d’abord à Tanger, au Maroc, puis à Tombouctou, au Mali.
À Paris, il s’intègre à la communauté afro-américaine expatriée et élargit ses liens à d’autres cercles artistiques, notamment à Amsterdam et Copenhague — où il organise des happenings engagés — et en Allemagne de l’Ouest, où il est bien accueilli par les milieux militants de la contre-culture. Lors d’une résidence à Berlin-Ouest en 1983–84, il entame une série de courts-métrages muets en 8 mm, les Silent Poems, conçus pour être projetés avec un accompagnement de jazz, créant des juxtapositions inattendues et souvent saisissantes.
![Ted Joans Sans titre [Johnny Hodges], 1996 Pastel gras, graphite et encre sur papier, 61 × 91,4 cm Courtesy The Estate of Ted Joans © Ted Joans Estate, Courtesy Laura Corsiglia et Zürcher Gallery New York/Paris Photo : Meridian Fine Art Joseph Wilhelm](https://ch-cultura.ch/wp-content/uploads/2026/10/MCBA_-Ted-Joans_Sans-titre-1024x681.jpg)
Image: Ted Joans, Sans titre [Johnny Hodges], 1996. Pastel gras, graphite et encre sur papier, 61 × 91,4 cm. Courtesy The Estate of Ted Joans © Ted Joans Estate, Courtesy Laura Corsiglia et Zürcher Gallery New York / Paris – Photo: Meridian Fine Art Joseph Wilhelm
Par les mots, les sons ou les images, Ted Joans fait du collage une démarche esthétique à la fois ludique et subversive. Son œuvre syncrétique est nourrie par la tradition intellectuelle noire et pétrie de références à l’histoire de l’art occidental.
Bien qu’André Breton l’ait reconnu comme «le seul surréaliste afro-américain», Joans s’inscrit dans une lignée plus large, que l’on qualifie, avec Amiri Baraka, d’«afro-surréaliste.» Fasciné par l’Afrique — qu’il appelait «le continent surréaliste» —, il a œuvré à déconstruire les récits eurocentriques, porté par un engagement panafricain visant à renouer les liens entre les peuples afro-descendants et leurs racines culturelles.
Commissariat: Pierre-Henri Foulon, conservateur art contemporain, MCBA
cp
Publication
Ted Joans. Black Flower à l’occasion de l’exposition, avec des contributions de Pierre-Henri Foulon (éd.), Karima Boudou, Valerie Cassel Olivier, Eleonora Del Duca, Manthia Diawara et Terri Geis, Joanna Pawlik, Grégory Pierrot et Abigail Susik. Berlin, DISTANZ, éditions FR et EN, 276 p. CHF 39.-
En savoir plus:
https://www.mcba.ch/wp-content/uploads/2026/10/MCBA_TedJoans_GuideDeVisiteFR_16pagesA5.pdf
https://www.mcba.ch/wp-content/uploads/2026/09/MCBA_TedJoans_DossierPresse_FR_A4.pdf
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Kommentare von Daniel Leutenegger