Exposition Musée Rath, Musée d’art et d’histoire, Genève, jusqu’au 19 avril 2026

Image: Nganampa mantangka minyma tjukatu Tjukurpa ngaranyi alatjitu / La loi des Femmes est vivante sur nos terres / Women’s law alive in our Country, 2018, Acrylique sur toile / Acrylic on canvas, 290 x 550 cm – Oeuvre collaborative de femmes / Women’s collaborative painting – Artistes: Tingila Yaritji Young (c.1954), Wawiriya Burton (c.1925-2021), Nyurpaya Kaika-Burton (1949), Tjimpayi Presley (c.1967), Naomi Kantjuriny (1944-décédée deceased), Angkaliya Eadie Curtis (1928-2022), Nyunmiti Burton (1964), Tjungkara Ken (1969), Sylvia Ken (1965), Wipana Jimmy (1935-2019), Mary Katatjuku Pan (1944-2025), Maringka Baker (1952), Alison Milyka Carroll (1958), Carlene Thompson (1950), Mona Mitakiki (1954), Iluwanti Ungkutjuru Ken (c.1944), Panjiti Lewis (1963), Tuppy Ngintja Goodwin (1952), Barbara Mbitjana Moore (1964), Sharon Adamson (1995), Betty Muffler Biddy Mobbler (1944), Ingrid Treacle (1970), Meredith Treacle (1968), Elizabeth Dunn (1973), Teresa (Tunkin) Baker Mungee (1977), Patricia Kani Tunkin (1981) – Groupes linguistiques: Pitjantjatjara et Yankunytjatjara – Communautés: Amata, Fregon, Mimili, Indulkana, Pukatja, Nyapari, Kalka – Région: Territoire Anangu Pitjantjatjara et Yankunytjatjara / APY Lands – Etat / State: Australie-Méridionale / South Australia – Crédit artistes: © APY Art Centre Collective – Crédit photo: Vincent Girier Dufournier
Fruit d’une collaboration avec la Fondation Opale, l’exposition met en lumière le travail d’artistes autochtones australiennes reconnues, dont les œuvres sont issues de la Collection Bérengère Primat, mise à disposition de la Fondation Opale.
L’émergence d’une voix majeure
L’art aborigène est l’expression artistique continue la plus ancienne au monde, s’étendant sur au moins 40’000 ans. Ce mouvement s’impose aujourd’hui comme une voix majeure de la scène contemporaine internationale. L’exposition célèbre les femmes artistes autochtones australiennes qui ont su allier la puissance des récits ancestraux à une abstraction universelle, révélant une spiritualité profondément ancrée dans leurs terres.
Parmi les artistes emblématiques présentées, on retrouve deux figures marquantes:
Emily Kam Kngwarray (1914-1996, peuple anmatyerr). Au cours de sa courte – de 1988 à 1996 – mais particulièrement productive période de peinture, Emily Kam Kngwarray réalise entre 3’000 et 5’000 tableaux. Considérée comme une figure emblématique de l’art contemporain australien, elle représente l’Australie à titre posthume à la Biennale de Venise en 1997. En 2025, elle a fait l’objet d’une exposition individuelle à la Tate Modern de Londres.
Mirdidingkingathi Juwarnda Sally Gabori (vers 1924-2015, peuple kaiadilt). Ayant commencé à peindre à l’âge de 81 ans, en 2005, elle développe une œuvre unique, aux couleurs éclatantes. En quelques années, elle devient l’une des plus grandes artistes australiennes contemporaines des deux dernières décennies, avec une rare intensité créative, et ce jusqu’à son décès en 2015. Elle acquiert rapidement une renommée nationale et internationale, faisant l’objet d’une exposition individuelle à la Fondation Cartier à Paris en 2022. Leurs œuvres côtoient celles d’autres artistes de premier plan, telles que Noŋgirrŋa Marawili, Gulumbu Yunupiŋu et Malaluba Gumana. Les toiles de ces femmes, aux motifs symboliques, résonnent comme des cartographies de leurs territoires, célébrant l’unité entre culture, nature et création. À travers leur art, elles revisitent les actes des ancêtres et perpétuent la culture et la connaissance intime qui les unit à leur terre.
Diversité et ampleur du mouvement artistique
Cette exposition reflète l’étendue et la diversité de l’art aborigène australien. Avant les années 1990 en Australie, les femmes autochtones ne participaient pas à la production d’art contemporain. Elles peignaient sur les grandes toiles ou les écorces des hommes de leur famille, mais leur contribution n’était souvent pas reconnue. Progressivement, une nouvelle dynamique permet aux femmes de développer leur propre pratique artistique.

Image: Gan’yu / Les Étoiles / The Stars, c. 2005, Ocres naturelles sur bois / Natural ochres on wood, 217 x 14 cm, Gulumbu Yunupiŋu (c.1945-2012) – Crédit artiste: © Artist & Buku-Larrŋgay Mulka Art Centre – Crédit photo: Vincent Girier Dufournier
Le travail des artistes présentées dans l’exposition
Elles offre une représentation visuelle et de perpétuation des poèmes chantés, des histoires mythiques du Rêve (Dreaming) et des traditions culturelles qui relient les peuples à la Terre et aux ancêtres. Les œuvres fonctionnent non comme une simple représentation du paysage, mais comme l’expression du lien intrinsèque et spirituel qui unit l’artiste à son Pays (Country). Un lien indéfectible qui unit aussi la culture à l’art, et les expressions artistiques contemporaines se révèlent ainsi essentielles pour la sauvegarde de cet héritage vivant.

Image: Deux Oiseaux jaunes / Two Yellow Birds, 2000, Ocres et pigments naturels sur toile / Ochres and natural pigments on canvas, 70 x 58 cm, Patsy Lulpunda Anguburra (c.1898-2000) – Crédit artiste: © Tous droits réservés / All rights reserved – Crédit photo: Vincent Girier Dufournier
Les figures présentes dans l’exposition abordent une mosaïque de récits fondateurs autour de leurs paysages, des quatre éléments, des étoiles et des changements saisonniers sur leurs terres. En plus des œuvres individuelles, l’ensemble est complété par de grandes toiles collaboratives réalisées dans le centre de l’Australie. Ces œuvres élargissent le propos et rappellent que ces créations artistiques sont profondément ancrées dans l’esprit communautaire.
Une collaboration entre le MAH et la Fondation Opale
Inaugurée en 2018 à Lens (Valais), la Fondation Opale s’est rapidement imposée comme un lieu de référence en Europe entièrement dédié au rayonnement de l’art aborigène. La fondation s’appuie sur la Collection Bérengère Primat qui compte plus de 1’900 œuvres de près de 440 artistes, formant l’un des fonds d’art aborigène contemporain les plus importants au monde en mains privées. Cette collaboration avec le MAH permet de présenter au public cet ensemble exceptionnel et d’amplifier la reconnaissance de ces femmes artistes dont les œuvres sont porteuses de messages universels.
Pour le Musée Rath, cette exposition s’inscrit dans l’histoire de l’institution, qui avait déjà présenté l’art et la culture matérielle australienne en 1960. Une exposition intitulée «Australie» rassemblait près de 600 objets et œuvres, issus pour la plupart des collections de Maurice Bastian et Georges Barbey. Le contexte actuel souligne un intérêt public croissant pour ces artistes dont les œuvres intègrent désormais de grandes collections et institutions internationales.
cp
Commissariat Samuel Gross et Georges Petitjean, Fondation Opale
Contact:
https://www.mahmah.ch/propos/musee-rath

Image: Dhatam / Nénuphar / Waterlily, 2019, Pigments naturels sur panneau de bois / Natural earth pigments on wooden board, 242 x 122 cm, Malaluba Gumana (c.1954-2020) – Crédit artiste: © Malaluba Gumana, courtesy of Buku-Larrŋgay Mulka Art Centre – Crédit photo: Vincent Girier Dufournier
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Kommentare von Daniel Leutenegger