25. Oktober 2025
«LEHNERT & LANDROCK – RELECTURE D’UNE ARCHIVE COLONIALE»
Exposition Photo Elysée Lausanne, du 31 octobre 2025 au 1er février 2026 - Vernissage: 30 octobre dès 18 h

Image: Lehnert & Landrock, Sans titre, identifié comme «Au village arabe», 1904-1914 © Lehnert & Landrock / Edouard Lambelet et Photo Elysée
«Lehnert & Landrock. Relecture d’une archive coloniale» pose un nouveau regard sur les archives photographiques du studio Lehnert & Landrock, entrées dans les collections de Photo Elysée en 1985. Actifs en Afrique du Nord au début du 20e siècle, Rudolf Franz Lehnert et Ernst Heinrich Landrock ont construit et diffusé une iconographie de l’Orient, profondément marquée par le contexte colonial de leur époque.
Aujourd’hui, le musée interroge son rôle de médiateur des images en proposant une relecture critique et introspective des photographies issues du studio de Lehnert & Landrock. En collaboration avec un comité scientifique, l’exposition étudie les dimensions politiques et esthétiques d’images produites dans le contexte des entreprises expansionnistes de l’Occident et représentatives du mouvement orientaliste.
Pour enrichir cette réflexion, Photo Elysée invite l’artiste espagnole Gloria Oyarzabal à explorer les archives du musée. Son regard contemporain questionne la manière dont les musées abordent les collections liées à l’histoire coloniale. Son travail dialogue avec celui de l’artiste saoudienne Nouf Aljowaysir, qui démontre comment l’intelligence artificielle prolonge et renforce les stéréotypes associés à la représentation de l’Orient.

Image: Lehnert & Landrock, Sans titre, identifié comme «Dans le désert», 1904-1914 © Lehnert & Landrock / Edouard Lambelet et Photo Elysée
L’EXPOSITION
Approche décoloniale
Depuis plusieurs années, les institutions muséales s’engagent dans un travail critique autour de leurs collections issues des contextes coloniaux. Photo Elysée s’inscrit dans cette dynamique en proposant une relecture des archives photographiques du studio Lehnert & Landrock, actif au Maghreb et en Égypte au début du 20e siècle. Si ces images ont longtemps été saluées pour leurs qualités techniques, elles ont activement véhiculé une vision construite et soumise de l’Orient, nourrie par les rapports de domination politique et culturelle de l’époque coloniale.
L’approche décoloniale permet aujourd’hui d’analyser ces représentations, d’interroger leurs usages et leur diffusion, tout en intégrant des voix multiples à la réflexion.

Image: Nouf Aljowaysir, Salaf #298, 2021, de la série Salaf (Ancestors), 2021-2025 © Nouf Aljowaysir
Construction d’un imaginaire et mise en scène des corps
Le studio Lehnert & Landrock s’inscrit dans le mouvement artistique orientaliste né au 19e siècle. Adoptant les codes visuels de la photographie documentaire, leur production se construit au regard des attentes européennes. Pour répondre aux enjeux commerciaux et au goût de l’époque, les paysages et les corps sont mis en scène selon des codes esthétiques précis. Regroupées en «scènes de genre» et «types», les images forment un imaginaire de l’ «Orient» archaïque, passif, et aux frontières volontairement floues. Parmi ces représentations stéréotypées, la figure de l’odalisque, une femme allongée lascive et sexuellement disponible, incarne la vision fantasmée d’un Orient réduit à la sensualité et au décor. Ce motif iconographique a traversé l’histoire de l’art. On l’observe, par exemple, dans le tableau «La Blanche et la Noire» de Félix Vallotton (1865-1925) que l’artiste Gloria Oyarzabal revisite dans sa série «USUS FRUCTUS ABUSUS. La Blanche et la Noire».

Image: Gloria Oyarzabal, XX , de la série USUS FRUCTUS ABUSUS. La Blanche et la Noire, 2022 © Gloria Oyarzabal
Diffusion des images
La puissance des photographies de Lehnert & Landrock tient aussi à leur diffusion massive. Cartes postales, albums, portfolios, illustrations de livres: les images circulent dans toute l’Europe et les légendes qui les accompagnent sont traduites en plusieurs langues pour atteindre des marchés variés.
Ces images deviennent de véritables objets de consommation, alimentant le désir d’exotisme d’un public européen en quête d’«ailleurs». Leur diffusion a grandement et durablement façonné l’imaginaire collectif de l’Orient en Occident. Aujourd’hui encore, ces photographies – notamment leur reproduction en cartes postales – circulent et séduisent par leurs mises en scène, leurs couleurs et leurs lumières oniriques.
Lectures contemporaines
Photo Elysée a invité l’artiste espagnole Gloria Oyarzabal à produire une œuvre inédite à partir de la collection du musée. À l’issue de plusieurs mois de réflexion et d’échanges entre l’artiste, le musée et le comité scientifique, deux séries inédites sont présentées dans l’exposition: «ON PHANTOMS, Wounds & the Wa/ondering Eye» et «Essay for an Atlas of the Ethical Journey of Aesthetics. The Devil is in the Details».
Ces œuvres dialoguent avec celles de Nouf Aljowaysir. Avec la série «Salaf» (Ancestors) et la vidéo «Ancestral Seeds», l’artiste saoudienne met quant à elle en évidence les biais de l’intelligence artificielle, qui prolonge et renforce les stéréotypes associés à la représentation de l’Orient.
COMITÉ SCIENTIFIQUE
Photo Elysée s’est entouré de chercheur·se·s et spécialistes des études décoloniales pour la conception de cette exposition. Le comité scientifique est formé par:
- Beya Othmani, Commissaire d’exposition indépendante, Chercheuse attachée au MoMA (The Museum of Modern Art, New York)
- Nadia Radwan, Professeure associée, Responsable du département Arts Visuels, HEAD – Genève (Haute école d’art et de design, Genève)
- Christelle Taraud, Historienne et féministe, Maîtresse de conférence à NYU Paris (New York University Paris) et Membre associée du Centre d’Histoire du XIXe siècle (Université Paris I/Paris IV, Paris)
Contact:
https://elysee.ch/expositions/gloria-oyarzabal-x-lehnert-landrock/

Image: Gloria Oyarzabal, Untitled (détail), de la série ON PHANTOMS, Wounds & the Wa/ondering Eye, 2025 © Gloria Oyarzabal
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Kommentare von Daniel Leutenegger